7 Août 2008 - Actualité christianisme, société, religion
La liberté religieuse à l’école : un progrès à maintenir et à élargir
Grèce  |  Source : CPDH  |  Lu 648 fois  |  10 votes
Le gouvernement grec a publié une circulaire, le 31 juillet, qui supprime l'obligation d'assister aux cours de religion. Le ministère de l'Education et des Cultes accepte ainsi la position de la Commission européenne sur les données confidentielles. En effet, pour dispenser leurs enfants de ces cours, les parents devaient préciser les motifs de leur choix.

L'Eglise orthodoxe bénéficiant d'un traitement préférentiel dans la législation grecque, cette décision peut être perçue comme une petite révolution. Est-il légitime pour l'Etat de préserver une religion et est-il opportun pour une religion d'être favorisée par l'Etat ?

Pour aller plus loin...

Au-delà de l'école, intéressons-nous à la place reconnue à l'église orientale et à ses conséquences. Il existe une forte sympathie de la part de l'Etat envers l'Eglise orthodoxe en Grèce. 90% de la population est baptisée orthodoxe et le nombre de personnes allant au moins une fois par mois au culte est de plus de 40%. La Constitution grecque reconnaît ce fait et parle de l'Orthodoxie orientale comme religion dominante (article 3, alinéa 1). Cependant, cette reconnaissance de l'importance numérique de l'orthodoxie, ne constitue pas une reconnaissance d'une quelconque religion d'Etat. Il s'agit simplement de prendre en compte un fait social unificateur.

Néanmoins, peut-être pour protéger non pas tant la religion que l'unité et la paix sociale, l'Etat grec différencie l'orthodoxie des autres religions. Le prosélytisme est ainsi interdit (article 13, alinéa 2) et jusque la récente circulaire, l'assistance aux cours de religion orthodoxe était une obligation. Une obligation relative toutefois, les parents d'une autre religion pouvant dispenser leurs enfants, mais devant pour cela emprunter un chemin semé d'embûches.

La protection de la religion orthodoxe par les autorités civiles

Pour témoigner du point auquel la religion orthodoxe est favorisée, voyons deux exemples en sus de cette actualité.

Premier exemple : pour ouvrir un lieu de culte, il faut l'autorisation d'une commission administrative au sein de laquelle siège un ecclésiastique orthodoxe oriental. De fait, des problèmes se sont posés notamment opposant l'administration aux témoins de Jéhovah dont les demandes peuvent être rejetées pour des motifs douteux.

Second exemple : l'article 4 d'une loi de 1938 réprimant le prosélytisme en Grèce avait servi à de nombreuses condamnations, notamment de Témoins de Jéhovah. Si tout prosélytisme est interdit, cela revient à protéger la religion dominante.

Une affaire témoigne de l'intensité de cette protection : un officier pentecôtiste avait amené un de ses subordonnés à quitter la religion orthodoxe. Considérant que l'officier avait abusé de sa position hiérarchique, la justice l'avait condamné. Ce qui étonne, c'est le refus des juges grecs et européens d'admettre la réalité de la conversion du subordonné malgré l'insistance de ce dernier.

Si la protection des subordonnés est légitime, il faut alors se demander pourquoi l'assistance aux cours de religion orthodoxe est obligatoire. L'enfant n'est-il pas plus influençable qu'un adulte ? Si le choix de ses parents est l'éduquer dans la religion orthodoxe, il est normal que l'enfant suive ces cours : ils lui permettent de mieux connaître sa religion. En revanche, obliger des enfants d'autres confessions à assister aux cours peut s'apparenter à du prosélytisme, d'autant plus fort que l'enfant n'a pas la possibilité de refuser la parole du professeur. Certes, l'obligation n'est pas absolue, mais dans la pratique, les conditions de dérogations sont telles que la dispense est très difficile à obtenir.

De plus, il faut justifier sa demande, ce que certains parents vivent comme un interrogatoire. Par ailleurs, les parents orthodoxes non pratiquants ne peuvent dispenser leurs enfants de cours de religion. En effet, l'article 3 alinéa 1 de la Constitution, lue de manière combinée avec l'article 16 alinéa 2 justifie l'enseignement religieux obligatoire pour les orthodoxes. Etre baptisés par l'Eglise orthodoxe ne fait pas des parents des orthodoxes et ne pas reconnaître le droit à une dispense de cours est une atteinte à leurs convictions. Ici, contrairement à l'Irlande tancée par l'ONU, il y a un abus, car la possibilité de dérogation est trop limitée pour équivaloir à une liberté. Cette circulaire ne peut qu'aller vers une meilleure reconnaissance des libertés publiques, la liberté de conscience et le droit à la confidentialité étant prises en compte.

Le but de protection sociale et identitaire est compréhensible : la Grèce a le droit légitime de veiller à la préservation de la culture hellénique. Si la justice sanctionne un protestant ou un catholique qui perturbe une manifestation orthodoxe ou dégrade des icônes, cela est normal. Mais, par exemple, ne pas reconnaître de personnalité juridique aux églises protestantes, catholiques et aux autres associations religieuses est d'une autre nature. L'hellénisme n'a pas besoin de cette discrimination pour être protégé, à moins que l'Etat ne le confonde avec l'orthodoxie à laquelle il ne peut être résumé.

Un bénéfice pour le culte orthodoxe ?

Dans un premier temps, la protection privilégiée d'une religion par l'Etat lui est toujours bénéfique. L'Eglise orthodoxe n'est pas menacée par le prosélytisme des autres religions. Mais une religion qui ne se confronte pas au monde est-elle réellement protégée ?

La protection privilégiée offerte par l'Etat à un culte le dessert, à moins d'une foi et d'une pratique fortes. Or les églises de Grèce se vident. Le christianisme s'est fortement développé sous les persécutions. Concernant l'orthodoxie, le joug communiste sur toutes nations orthodoxes moins la Grèce, a permis un approfondissement de la foi. Et bien des orthodoxes qui ne l'étaient que culturellement le sont devenus sincèrement.

Jusqu'en 1961, les orthodoxes se plaignaient du fait qu'il n'y ait pas d'intérêt pour la prière et la spiritualité au sein du Conseil œcuménique mondial des églises au bénéfice des questions sociales et économiques. Cela témoigne d'une réelle lucidité sur le nivellement vers le bas du spirituel quand il ne s'occupe presque plus que des questions économiques. Au sein du COE, les orthodoxes ont toujours manifesté une indépendance d'esprit qui est à leur honneur. Ce refus du relativisme n'est-il pourtant pas menacé en Grèce, quand surprotégée, l'Eglise n'a plus d'efforts à accomplir ? De même, assimiler l'orthodoxie à l'hellénisme, une religion à une culture, n'est-ce pas la réduire ? Le spirituel n'est pas le temporel, même s'il peut exister des interactions entre les deux.

Certes, la Constitution dispose que les religions connues sont libres (article 13, alinéa 2) et l'offense aux religions non secrètes est sanctionnée (article 14, al.3, b). La Grèce ne se situe pas dans le même registre que les Etats islamiques. Mais force est de constater que cette surprotection est gênante et a permis des abus qui au final ne profitent pas réellement à l'orthodoxie qu'elle doit défendre. C'est aussi dans l'adversité que se forge une conviction.

Les craintes des orthodoxes se comprennent quelque peu, car les actuelles revendications musulmanes (environ 10% de la population) peuvent perturber un schéma établi. L'islam est plus qu'une religion : il s'agit d'un système politique. L'identité hellénique serait donc menacée en cas de demandes incessantes d'une reconnaissance des particularismes musulmans. Par comparaison avec la France, s'il n'y avait pas eu de problèmes de foulards islamiques et de prosélytisme agressif, il n'y aurait peut-être pas eu besoin que le Conseil d'Etat se penche sur la laïcité à l'école, tout comme il n'y aurait pas eu la loi du 15 mars 2004 sur le port de signes religieux.

C'est là tout le délicat équilibre entre reconnaissance religieuse et préservation d'une identité nationale, d'un équilibre sociétal. Mais les religions autres que l'islam peuvent difficilement être soupçonnées d'aspirer à l'instauration d'un ordre politique et social complètement différent de l'actuel. Il ne s'agit pas de méconnaître la place et le rôle de l'Eglise orthodoxe dans la société grecque, et si elle est un des acteurs majeurs dans ce pays, par exemple en matière sociale ou éducative, il est légitime de lui reconnaître certains privilèges. Il ne faut cependant pas que cela soit une discrimination injustifiée. Et qui peut affirmer qu'avec l'évolution des mœurs, l'Etat grec ne finirait pas par imposer à l'Eglise sa conception de la morale ? Des ingérences dans l'église orthodoxe pourraient aussi se produire, à terme, pour favoriser un courant libéral.

« Rendez donc à l'empereur ce qui est à l'empereur et à Dieu ce qui est à Dieu. » disent les Ecritures... Ce n'est pas pour rien. Si le christianisme a une voix à faire entendre en politique, est appelé à promouvoir ses valeurs, et - n'ayons pas peur des mots - à les appliquer, il n'est, en revanche, pas légitimé par la Bible à s'imposer comme croyance privilégiée par l'Etat.

Jean Degert

 
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